Concert de concertos en partenariat avec Yamaha
Depuis cinquante ans, c’est Yamaha qui fournit le piano du Festival de Menton. Organisée en partenariat avec la firme japonaise, la Soirée Jeunes Talents permet chaque année de découvrir de jeunes pianistes sélectionnés par Yamaha à travers le monde. Une occasion précieuse de mettre en lumière ceux qui feront peut-être la scène musicale de demain, dans l’atmosphère intime et chaleureuse du Festival.
Paul Lecocq, lauréat du Concours Clara Haskil à Vevey en 2025, et Martin Jaspard, lauréat du Concours Johannes Brahms à Detmold en 2024, ouvrent la soirée avec le Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Poulenc, dans la réduction pour deux pianos réalisée par le compositeur lui-même.
Deux jeunes virtuoses pleins d’énergie qui abordent cet exubérant concerto avec une présence impressionnante, du début à la fin. Les couleurs sont innombrables, magnifiquement rendues. Ils saisissent tout l’humour contagieux et la vivacité de Poulenc, tout en affichant un sérieux imperturbable.
Difficile d’imaginer plus enchanteur. Poulenc est là, insolent, malicieux, jubilatoire. Il revit sous leurs doigts.
Les deux pianistes poursuivent avec la Valse de Ravel. Une œuvre dont la genèse est singulière : Ravel travailla simultanément à la version pour piano et à la partition pour orchestre, deux versions musicalement indépendantes.
La version pour deux pianos révèle ici toute la richesse de cette musique. Une interprétation chatoyante, nostalgique et vivante, parfaitement ravélienne, mais aussi très personnelle. Les deux jeunes musiciens jouent avec une osmose remarquable. Entente, écoute, équilibre : tout semble aller de soi.
La seconde partie de la soirée est confiée à Gabriele Strata, lauréat du Concours international de Montréal. Il s’est notamment fait remarquer lorsqu’il remplaça Maria João Pires dans le Concerto n° 27 de Mozart, sous la direction de Kent Nagano.
Il interprète le Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov.
La puissance, les couleurs, la musicalité : tout impressionne chez Strata. Les mélodies chantent sous ses doigts. La virtuosité ne prend jamais le pas sur le discours musical ; elle lui donne au contraire son élan, sa profondeur et sa respiration.
Son expérience un peu plus affirmée se traduit par une grande aisance, mais aussi par une remarquable liberté dans le phrasé. Il possède une palette sonore d’une grande richesse, capable de passer de la force éclatante aux nuances les plus délicates. Rachmaninov trouve sous ses doigts toute sa générosité mélodique, ses élans passionnés et ses moments de tendre mélancolie.
À ses côtés, Juliette Journaux assure avec brio la partie orchestrale au second piano, avec une écoute et une précision qui donnent à l’œuvre toute son ampleur.
Trois pianistes, trois personnalités, trois beaux moments de musique. Une soirée où la virtuosité n’est jamais une fin en soi, mais se met au service des œuvres et révèle déjà des tempéraments singuliers.
La relève est bien là.